dimanche 8 mars 2015

Mundo Nuevo, sueño en construcion


Cinq petits mois d'errances déjà, presque 6, dont deux sur la route sans maison flottante pour se sentir chez soi partout. J'ai eu envie et besoin de me poser un peu, de m'offrir une routine, de laisser un peu le sac à dos se reposer... J'ai trouvé haut perché entre la vallée de Minca et la Sierra Nevada un genre de tout-ce-que-je-cherchais.




C'est l'histoire d'une finca cafetera, une ferme où jadis on cultivait le café, ainsi que les avocats et les mangues, sur quelques dizaines d'hectares de terres avec vue sur les montagnes, et sur la mer cachée derrière. Aux dires du voisin Eugenio, c'était une finca superbe, avec plusieurs variétés de café, qui produisait beaucoup et de superbe qualité. Les paramilitaires passent par là et font arracher le café, pour mieux surveiller les environs ou je ne sais quelle autre raison qui trouve sens à leurs yeux. La ferme reste ainsi toute nue sur son cerro, comme une plaie béante sur la sierra nevada. Les nouveaux propriétaires profitent de ses terres à nu pour faire paître du bétail.

Bu, reine de la vallée


Puis arrivent des gens avec des idées, des valeurs,  des envies et de l'énergie. Voilà qu'ils veulent faire revivre cet endroit, replanter ce trou de végétation, avec des espèces natives de la sierra. Et reprendre la récolte de café. Et trouver un moyen de transformer les tonnes d'avocats égaalement produites en huile. Et aussi faire en sorte que ce lieu défiguré par un bout d'histoire vraie pas reluisante devienne un oasis de vie et de respect, où l'on apprend, où on grandit, où on se respecte. Bienvenue dans la soon-to-be finca et auberge Mundo Nuevo. Les voisins ignorent encore qu'elle prendra ce nom bien taillé qui est déjà celui des terres environnantes sur les cartes. Mais déjà, on l'entend murmurer. Le Mundo Nuevo arrive, l'air de tout, tranquillement et sereinement.



Pour arriver à Mundo Nuevo, il faut d'abord prendre une jeep/taxi collectif qui part du marché de Santa Marta. Les 14 km qui séparent Minca de Santa Marta se font en une heure tant la route est toute gruyère. Un homme rebouche sans cesse les trous avec du sable, financé par les cotisations des habitants de Minca mais ça ne suffit pas, le sable est volage. On ne part donc pas si loin, mais déjà on voit le changement de climat. Santa Marta est un pôle de cagnard que seul soulage ce vent qui souffle à cette période. On l'appelle la brisa loca, comme l'autan toulousain ou le lodos stambouliote, on dit qu'il rend fou. Du village de Minca ensuite, soit on prend une moto taxi hors de prix qui peinera à atteindre la finca haute perchée, soit on marche. La route est tortueuse et surtout grimpe sévèrement. Mais la vue est belle et l'effort est récompensé par la bulle de belles âmes qu'on trouve au bout du chemin.

Juana observant Mundo Nuevo depuis La Candelaria


Là-haut, c'est une petite famille que je rejoins. Tout d'abord les deux associés, Phil un belge entrepreneur et jardinier et Vladi, un colombien touche à tout, prof et éveilleur de conscience. Vladi vit avec sa douce Mary et leurs deux enfants, Juana (10 ans demain) et Lucas, un apprenti Mowgli à peine plus grand que sa machette. Vivent aussi là-haut quand je débarque trois volontaires argentins autproclamés boludos et/ou pibes (gamins), Hélène la cousine de Philippe, Luntana un indigène Wayuu de 18ans qui reste ici la semaine pour pouvoir descendre à l'école du village plus facilement (sa famille vit à quelques jours de route),trois autres ouvriers qui aident au chantier vivent également là la semaine dont Deividson un paysan superhero de 23 ans qui travaille sur cette finca depuis qu'il en a 7, de même que Milady, la cuisinière. Et quatre chiens, et un chat. Et trop de moustiques, et beaucoup trop de tiques. Mais tellement d'étoiles....

Tout ce beau monde vit isolé là-haut pour construire ce mundo nuevo. Et il y a du boulot, tout est à peindre, à transformer, à construire, à planter... Tout est à faire mais cet endroit est déjà une merveille.




Les "boludos", Gabriel et Josélo, en plein boulot


Lucas, camouflé




Deividson et Phil comptant les toucans

Djin, chien survivor



Juana et la fontaine d'Eugenio, le voisin de la finca d'en face



Le soleil décline sur la mer, au loin derrière les montagnes. Il disparait sur une ligne invisible si élevée qu'on dirait que l'horizon est plus haut que la normale. Les couchers de soleil sont roses et fluos.

La nuit ensuite arrive toute scintillante de bruits et de lumières. On découvre quelques fermes cachées sur les flans des montagnes environnantes, de jour elles sont camouflées dans la végétation. Le ciel est bien plein, et on est plus près des étoiles qu'en mer. Je salue Orion tous les soirs avec plaisir.

Un samedi de fête à la finca, on s'est trouvé sans électricité. Un groupe électrogène ramené par un voisin nous a permis d'avoir du son. Et on a dansé toute la nuit sur le plat où on fait sécher le café qui fait un dancefloor parfait, sous un ciel clafi d'étoiles, un régal.

Luna llena


Les réveils sont tout aussi délicieux, tôt avec le soleil et les centaines d'oiseaux qui n'en peuvent plus de générosité de sons et de couleurs.











Voilà donc où j'ai passé les 16 derniers jours, et où je reviendrai certainement pour voir ce nouveau monde prendre vie et revoir les sourires de ces si beaux gens.  Si vous passez dans le coin, montez donc là-haut, il y a plein à donner et à prendre, c'est beau vous verrez.



J'ai repris la route plus riche de pleins de rêves et d'envie, c'est une chance incroyable. J'ai une chance incroyable.

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